Laurent Mauvignier
   
Laurent Mauvignier - Revue de presse
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Revue de presse –Loin d'eux
   
   
 

LES MOTS ÉCHAPPÉS

   
 

Les murmures intérieurs des gens ordinaires. L’écho des malheurs.

« Pas facile de donner la parole à des gens simples, des gens ordinaires. De ceux  qui ont plus l’habitude de faire que de parler. Qui peinent à se confier. Et de fait, ils sont assez rares en littérature. Comme s’ils n’avaient rien à dire qui mérite de rester sur le papier. Comme s’il n’avait aucun intérêt. Comme si leur histoire passait  sans qu’on puisse en tirer la moindre image, le plus petite idée, même pas une fable, une leçon…

Autant dire que Laurent Mauvignier a fait preuve d’une belle audace, d’un sacré culot, en choisissant des gens comme ça, des taiseux, des pas bavards, pour en faire les personnages de son premier roman. Il les traite avec grâce, avec élégance, en une série de monologues intérieurs, parce que là tout devient possible, les aveux les plus fous, les vérités les plus belles. Là, même le plus rustaud pourra dire son amour, ou pire sans tendresse, avec de beaux mots, un phrasé très souple. Sans peur d’être entendu.

Une sale histoire. Très ordinaire. Celle d’un fils qui végète entre père et mère et rêve, en province. Se trouve empêché, indécis, mal aimé. Puis se décide à partir pour Paris, où il trouve un travail dans un bar de nuit que fréquentent des gens bien, de ceux que l’on voit en général dans les romans, dans les films, de ces gens auxquels on prête des vies extravagantes, des amants, des aventures, du fric… Mais qui sont ici cantonnés au rôle de figurants indifférents. Trop loin, inaccessibles, de l’autre côté de la vitre… Alors quand le fils en a marre, il se tue.
Le bouquin est tout entier construit sur ce vide, cette disparition, un petit mot gribouillé, inachevé qu’il a écrit, avant de mourir, sur un post-it. Pour s’expliquer ? Pour s’excuser ?

Un vide que viennent combler toutes les pensées que le père, la mère, l’oncle ou la cousine roulent dans leur tête pour revenir sur le passé, les ratages, toutes les maladresses. « Et je me sentais si idiote de ne rien pouvoir répondre, de ne rien pouvoir soulager de tout ça qu’elle portait, Marthe, de cette incompréhension qui rendait la douleur plus violente encore, plus criante dans sa voix : qu’est-ce qu’on a pas su faire… » Des mots qui disent le chagrin et la vie. L’irréparable aussi. Parce que Mauvignier sait donner à ses personnages, plus qu’une humanité, une dimension tragique, exemplaire. »

   
 

CENTRE FRANCE, le 23 mai 1999

   
 

 

 
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