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GUERRES INTERIEURES
« Des hommes », le nouveau roman de Laurent Mauvignier, n'est pas forcément
facile, mais c'est bien contre une certaine facilité dans notre façon de voir le
monde que cet écrivain bataille. Bernard est un sexagénaire solitaire, alcoolo et
un peu fou, rejeté par les siens... Un jour, il fait un cadeau hors de prix à l'une de
ses soeurs. Scandale. Où cet éternel sans-le-sou a+il trouvé l'argent ? Chacun se
souvient des raisons qui ont amené Bernard à être ostracisé. Au coeur de son
passé : la guerre d'Algérie, qui l'a marqué à jamais, ainsi que Rabut, son beaufrère,
et bien d'autres... Raconter le roman de Mauvignier du simple point de vue
de l'intrigue n'a pas grand intérêt. Cela ne renseigne en rien sur les voix qui
habitent ce livre. Mi-parlées, mi-chuchotantes, ces voix n'ont jamais la même vision
des événements. Comme dans ses précédents ouvrages (« Dans la foule »),
Laurent Mauvignier crée une oeuvre polyphonique, qui tente de rendre compte de
la réalité - ici, les traumatismes dus à la guerre, les douleurs tues, l'impossibilité d'aimer et de vieillir. Il invente une forme neuve et puissante : brosser une fresque
historique, évoquer de poignants parcours individuels, en nous plaçant dans
la tête des personnages. Un livre pas facile, mais qu'on lit comme fouetté par ses
phrases tourbillonnantes. |