« Dire, écrire la souffrance dans le creux des mots ordinaires. Tel est le propos des deux romans pudiques et bouleversants de Pascale Kramer et de Laurent Mauvignier, jeunes écrivains magnifiquement en marge des modes littéraires exhibitionnistes (...)
La séparation d'avec celui qu'on aime et qui ne vous aime plus est une autre forme de deuil, à la fois plus douce – l'être aimé est vivant – et plus cruelle – il est là, mais il appartient à une autre. Ainsi, la narratrice d'Apprendre à finir, deuxième roman de Laurent Mauvignier, à qui l'on doit l'inoubliable Loin d'eux, est déchirée par le désamour de son mari qui aime ailleurs. Par hasard (par chance ?), il a eu un accident qui le condamne à rester de longues semaines couché. Elle le “ récupère ” pour ce temps bref de la convalescence, se dit que peut-être elle saura le ramener vers elle. Mais peu à peu, dans le silence de leur couple, dans les non-dits de leur quotidien, s'insinue à nouveau la gangrène de la séparation. Il n'y a plus rien à faire, plus rien à dire. L'amour est mort. Restent la relation familiale, les enfants, les problèmes matériels (...) Mais, quand l'espoir n'est plus, ne subsistent que la rancœur, la haine (...)
Laurent Mauvignier fait admirablement parler les silences, sentir les hésitations, les doutes, la peur de la solitude, l'obsession du malheur. On la voit, cette femme dans son manteau râpé d'un marron défraîchi, le cheveu mou, le visage ravagé d'angoisse, cherchant à deviner sur les traits apaisés d'un époux qui va de mieux en mieux le reflet d'un bonheur dont elle sera bientôt exclue. Un bonheur dont elle s'exclut elle-même, car il faut en finir. Mais apprend-on jamais à finir ? »